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Quatre missionnaires eudistes réunis dans une galerie vitrée
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1903–1978 · 75 ans de présence

Les évêques missionnaires
de la Côte-Nord

Une histoire missionnaire racontée par le Père Basile Babin, c.j.m., premier archiviste de la province canadienne.

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Les Pères Eudistes · Archives des Eudistes

Eudistes sur la Côte-Nord

1903–1978
Soixante-quinze ans de présence

À l’occasion du 75e anniversaire du diocèse de Baie-Comeau, le Service des Archives de la Congrégation des Eudistes, à Charlesbourg, a préparé ce résumé de l’histoire missionnaire sur la Côte-Nord. Le travail historique est dû au Père Basile Babin, eudiste et premier archiviste de la province canadienne.

Il y a trois quarts de siècle, en 1903, la Côte-Nord du golfe Saint-Laurent, de la rivière Portneuf à Blanc-Sablon sur plus de 700 milles, fut confiée à l’activité missionnaire des Pères Eudistes. En 1978, leur présence se poursuivait, en nombre décroissant. Devenue presque adulte, la Préfecture apostolique avait été érigée en diocèse en 1945 et les Eudistes s’étaient officiellement retirés de la responsabilité pastorale de ce territoire.

Les pages qui suivent dressent le bilan de leur œuvre pendant ces soixante-quinze années.

Trois prêtres eudistes devant le village et l’église de Pointe-au-Père
Les Pères Bourque, Jauffret et Tressel à Pointe-au-Père. Archives des Eudistes.
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Les premiers repères

La situation religieuse de la Côte avant 1903

À la rigueur, on peut faire remonter la vie religieuse sur la Côte même avant la fondation du Canada par Champlain. Si l’on en croit Charles de La Baume de Pontbriand, compagnon de Jacques Cartier, la première messe au Canada y fut dite en 1534 :

« Le dixième jour du mois de juin, entrâmes dans le Hâvre de Brest (Baie des Roches, semble-t-il, à quelques milles à l’ouest de Blanc-Sablon, au détroit de Belle-Isle) pour avoir de l’eau et du bois, et le lendemain, étant la Saint-Barnabé, nous ouïmes sur le sol d’un nouveau monde la première sainte messe à laquelle assistèrent tous nos matelots. »

La Côte était déjà habitée par les Amérindiens de la nation montagnaise, évangélisés plus tard par les Jésuites, puis par les Oblats. Sur le plan religieux, le territoire dépendait depuis les origines de l’évêque de Québec, qui y envoyait des missionnaires séculiers ou religieux.

Au début du XIXe siècle, le Père Gabriel Lecourtois, eudiste chassé de France par la Révolution, exerça son ministère sur la Côte. Il fut d’abord posté à Rimouski (1798–1806), puis à La Malbaie (1806–1822), avec la charge de toute la Côte de l’époque.

Au cours du siècle, des Québécois, des Jersiais, des Terre-Neuviens et des Gaspésiens s’établirent dans ce territoire éloigné. Les Acadiens, notamment ceux venus des Îles de la Madeleine, furent particulièrement nombreux. Ils fondèrent Natashquan en 1855, Pointe-aux-Esquimaux en 1857 et Sept-Îles en 1875.

Le diocèse de Rimouski fut créé le 15 janvier 1867. La Côte-Nord fut confiée à son premier évêque, Mgr Langevin. Avec l’accroissement de la population, elle devint une Préfecture apostolique le 27 mai 1882. Son premier titulaire, Mgr F.-X. Bossé, démissionna après dix ans de travail, en 1892. Il avait établi sa résidence à Pointe-aux-Esquimaux et y avait fait construire le couvent des Sœurs de Charité de Québec, les Sœurs grises.

Le Père Basile Babin et un confrère près d’une automobile ancienne
Le Père Basile Babin et un confrère près d’une automobile ancienne.
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1903 · Arrivée des Eudistes

Les Pères Eudistes arrivent sur la Côte-Nord

La Côte relevait alors de l’évêché de Chicoutimi, créé en 1878, plutôt que de celui de Rimouski. Mgr Thomas Labrecque, nouvel évêque, plaça l’abbé J.-F. Gendron à Pointe-aux-Esquimaux tout en assumant lui-même les charges d’évêque et de préfet apostolique. La double tâche s’avérant trop lourde, il demanda au Saint-Siège de confier la Côte à une congrégation religieuse.

En 1902, Mgr Labrecque souhaitait confier à des religieux une paroisse ouvrière qu’il projetait de fonder au « Bassin » de Chicoutimi. Il rencontra à Québec le Père Gustave Blanche, fondateur en 1890 de la province eudiste du Canada, qui cherchait un refuge pour ses confrères chassés de France par les lois d’exception. L’accord fut rapidement conclu. Les deux premiers pères arrivèrent à Chicoutimi le 6 janvier 1903 et, le 10 septembre, la paroisse eudiste du Sacré-Cœur de Chicoutimi fut officiellement érigée.

Le Père Blanche fut nommé préfet apostolique de la Côte le 21 août 1903, trois semaines avant l’érection canonique de la paroisse. En octobre, quatorze missionnaires s’installèrent dans les sept postes du littoral :

  1. Pointe-aux-Esquimaux : Mgr Blanche et le Père Joseph Robin. Cette paroisse acadienne devint le premier siège de l’évêché et était alors la plus importante et la mieux constituée de la Côte.
  2. Natashquan : les Pères Pihan et Divet, au poste le plus à l’est.
  3. Magpie : les Pères Étienne et Joseph Gallix, oncle et neveu.
  4. Rivière-au-Tonnerre : les Pères Hesry et Louis Héry.
  5. Sept-Îles : les Pères Conan et Brochard.
  6. Rivière-Pentecôte : les Pères Laizé et Louis Nonorgues.
  7. Manicouagan : les Pères Brézel et Garnier, au poste le plus à l’ouest.

Deux de ces ouvriers de la première heure moururent noyés dans l’exercice de leur ministère : le Père Brézel à Manicouagan en 1911 et le Père Conan à Sept-Îles en 1908.

À Rivière-Pentecôte, le Père Laizé rédigea le petit journal L’Écho du Labrador, publié de 1903 à 1905. Les Pères, qui avaient enseigné dans des collèges en France, écrivaient avec aisance; leur correspondance et leurs rapports dans la revue des Eudistes du temps sont donc d’un grand intérêt. Le changement brutal de carrière rend d’autant plus visibles les sacrifices consentis pour entreprendre une mission à laquelle rien ne les avait préparés, hormis l’idéal sacerdotal inspiré par leur fondateur.

Le Père Louis Garnier a raconté leur arrivée et leur installation dans Du cométique à l’avion, publié à Québec en 1947 et en France en 1950.

Portrait d’un Père eudiste en habit missionnaire
Un Père eudiste en habit missionnaire.
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1903–1916 · Premier évêque

Mgr Gustave Blanche

À sa nomination comme préfet apostolique en 1903, le Père Blanche demeura à Chicoutimi, où il était chargé d’organiser la répartition des quelque cinquante Pères exilés. Il y resta deux ans, jusqu’à son élévation à l’épiscopat comme vicaire apostolique du golfe Saint-Laurent. Il fut consacré le 28 septembre 1905 dans la cathédrale de Chicoutimi.

Après son sacre, il s’installa à Pointe-aux-Esquimaux, puis à Sept-Îles l’année suivante. Sept-Îles demeura le siège épiscopal jusqu’à sa mort, survenue à Paris le 27 juillet 1916, pendant l’Assemblée générale des Pères Eudistes.

Mgr Blanche fut l’homme providentiel qui permit aux Eudistes de s’établir solidement sur la Côte. Prêtre au prestige remarquable et à la foi ardente, il soutint les initiatives de ses confrères pour le progrès spirituel et matériel des fidèles. À l’époque, les habitants attendaient de leur curé qu’il soit médecin, notaire, bâtisseur de routes, ingénieur, et qu’il sollicite l’aide du gouvernement et de mécènes. L’habileté du Père Hesry dans cette dernière tâche est restée légendaire sur la Basse-Côte-Nord.

Le ministère dans les chantiers de bûcherons fut également une expérience d’apostolat féconde et marquante.

Sous Mgr Blanche, cinq nouveaux postes missionnaires furent ouverts. En 1904, Anticosti fut confiée aux Pères Travert et Le Strat. En 1907, le Père Kerdelhué s’établit à Rivière-Saint-Jean et le Père Conan à Clarke City; après la noyade de ce dernier le 17 janvier 1908, le Père Émile Jauffret le remplaça. En 1909, les Eudistes prirent la relève des Oblats à la réserve de Bersimis avec le Père Brézel, noyé en 1911, et le Père Pétel, noyé en 1919. Le Père Le Jollec, arrivé en 1910, mourut des suites d’une décharge de carabine en 1913. Ces tragédies laissèrent de grands vides et suscitèrent de douloureuses questions dans l’opinion publique.

Avec les Oblats, les Eudistes poursuivirent l’aide apportée aux Amérindiens. À Bersimis, ils apprirent la langue montagnaise. Le Père Tortelier reprit et augmenta le dictionnaire montagnais-français du Père Lemoine, o.m.i. Plus tard, le Père Luc Sirois, qui séjourna à Bersimis de 1934 à 1945, publia en 1936 Montagnais sans maître, ouvrage salué par les Montagnais eux-mêmes.

En 1910, le Père Hesry fut envoyé à Blanc-Sablon. Sur cette « terre de Caen », face au détroit de Belle-Isle, il fut pendant plus de vingt ans une présence et un secours pour les habitants isolés du reste du monde.

D’après Basile Babin, c.j.m., Eudistes sur la Côte-Nord, 1978.

Mgr Gustave Blanche, eudiste
Mgr Gustave Blanche, premier vicaire apostolique.
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1917–1920

Mgr Patrice-Alexandre Chiasson

Mgr Chiasson, premier prêtre eudiste au Canada, fut consacré le 17 octobre 1917 à Pointe-de-l’Église, en Nouvelle-Écosse. Son passage sur la Côte fut bref. L’évêché de Sept-Îles ayant été détruit par un incendie le 21 décembre 1916, le nouvel évêque reprit le premier évêché de Pointe-aux-Esquimaux. Celui-ci resta le siège épiscopal jusqu’à la création du diocèse de Baie-Comeau en 1945.

En 1920, Mgr Chiasson fut nommé évêque de Chatham, au Nouveau-Brunswick. Les Acadiens, dont le diocèse était francophone aux quatre cinquièmes, accueillirent avec joie la nomination de l’un des leurs. Il devint l’un des grands bâtisseurs de l’Église acadienne.

D’après Basile Babin, c.j.m., Eudistes sur la Côte-Nord, 1978.

Mgr Patrice-Alexandre Chiasson, eudiste
Mgr Patrice-Alexandre Chiasson, premier prêtre eudiste au Canada.
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1922–1938

Mgr Julien-Marie Leventoux

Ancien curé d’Anticosti de 1912 à 1922, Mgr Leventoux était un lettré qui s’ignorait et un parfait gentilhomme, comme aimait à le rappeler l’honorable Onésime Gagnon. Le Père Charles Lebrun, provincial à l’époque, le qualifiait de « meilleur des trois évêques » (Garnier, p. 271). Sans bruit, « comme à la cachette », il travaillait constamment au mieux des intérêts spirituels du vicariat, avec une grande sagesse.

Au fil du développement de la Côte, il fonda plusieurs postes missionnaires : Godbout en 1923 avec le Père Decq; Shelter Bay en 1926 avec le Père Louis-Philippe Gagné; Pointe-aux-Outardes en 1930 et Baie-Rouge en 1932 avec le futur Mgr Labrie; Ruisseau-Vert en 1934 avec le Père Taillardat, missionnaire-colonisateur des rives de la rivière aux Outardes; et Baie-Comeau en 1936 avec le Père Gagné, infatigable fondateur.

En 1927, Mgr Leventoux fonda aussi l’hôpital Saint-Jean-Eudes de Hâvre-Saint-Pierre. Pointe-aux-Esquimaux avait pris officiellement ce nom en 1924.

D’après Basile Babin, c.j.m., Eudistes sur la Côte-Nord, 1978.

Mgr Julien-Marie Leventoux, eudiste
Mgr Julien-Marie Leventoux, troisième vicaire apostolique.
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1938–1957

Mgr Napoléon-Alexandre LaBrie

Sur l’immense étendue de la Côte-Nord, le nom de Mgr LaBrie restait sur toutes les lèvres cinq ans après sa mort. Son histoire demeure celle d’un grand bâtisseur religieux et social, dont les visées généreuses, la foi inébranlable et la ténacité courageuse ont transformé la région.

En 1946, il fit passer le territoire de vicariat apostolique à diocèse et transféra le siège épiscopal de Hâvre-Saint-Pierre à la ville nouvelle de Baie-Comeau. Comme cette ville était fermée, il conçut et fonda en 1949 Hauterive, sa ville épiscopale.

Il appuya les efforts de colonisation du Père Taillardat à Ruisseau-Vert et du Père Arthur Gallant à Sainte-Thérèse-du-Colombier. Il s’intéressa particulièrement aux deux grandes richesses naturelles de la Côte, la forêt et les mines. En 1948, il publia une lettre pastorale sur la forêt, saluée par l’abbé André LaBrie comme l’un des documents les plus actuels sur le sujet. Le 26 novembre de la même année, il écrivit aux journaux du Québec au sujet des mines du Saguenay et de l’Ungava et de leur développement rationnel au bénéfice des habitants de la région.

Après la fondation de Sainte-Thérèse-du-Colombier en 1938, il fonda Forestville en 1945 avec le Père Luc Sirois, mort à la tâche en 1962. En 1953 vinrent Labrieville avec le Père Robitaille, Labrieville-Sud avec le Père Gagné et Chute-aux-Outardes avec le Père Richard.

La création du diocèse en 1946 transféra la Côte-Nord sous la juridiction du clergé séculier. Les Eudistes n’avaient dès lors plus la charge d’y fournir du personnel. Bersimis retourna aux Oblats en 1945 après 36 ans de présence eudiste (1909–1945). Baie-Rouge fut remise en 1946 après 14 ans (1932–1945), de même que Blanc-Sablon après 36 ans (1910–1946). Shelter Bay suivit en 1947 après 21 ans (1926–1947). En 1948, ce fut le tour de Natashquan après 45 ans (1903–1948), de Pointe-aux-Outardes après 18 ans (1930–1948) et de Clarke City après 41 ans (1907–1948). Rivière-Pentecôte, après 46 ans (1903–1949), et Godbout, après 26 ans (1923–1949), furent remis en 1949. Enfin, Sept-Îles passa au clergé diocésain en 1953, après cinquante ans. Cette métropole du nord québécois avait été desservie par les Eudistes pendant un demi-siècle et avait accueilli le siège épiscopal de Mgr Blanche jusqu’en 1916.

D’après Basile Babin, c.j.m., Eudistes sur la Côte-Nord, 1978.

Mgr Napoléon-Alexandre LaBrie, eudiste
Mgr Napoléon-Alexandre LaBrie, bâtisseur de la Côte-Nord.
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De 1958 à 1978

Le retrait graduel des Eudistes de la Côte

Avec l’arrivée de prélats séculiers à la tête du diocèse, le retrait des Eudistes se poursuivit plus lentement. En 1958, Ruisseau-Vert passa au clergé séculier après 24 ans de service (1934–1958); Labrieville suivit en 1959 après six ans; Labrieville-Sud en 1960 après sept ans; Sainte-Thérèse-du-Colombier en 1961 après 23 ans; Rivière-Saint-Jean en 1971 après 64 ans; et Anticosti en 1973 après 69 ans.

En 1978, avec la prise en charge de Fermont par les Oblats, les Eudistes desservaient encore quelques postes :

  1. Hâvre-Saint-Pierre, seul poste conservé sans interruption depuis les origines (1903–1978);
  2. Baie-Comeau, paroisse Sainte-Amélie (depuis 1936);
  3. Longue-Pointe-de-Mingan (depuis 1961);
  4. Gagnon (depuis 1962).

Ainsi se résume l’aventure missionnaire des Pères Eudistes sur la Côte-Nord pendant soixante-quinze ans. Ce bilan se célèbre avec fierté et, surtout, dans l’action de grâce pour l’œuvre accomplie par ces pionniers français que les persécutions avaient chassés de leur patrie en 1903.

Archives numérisées

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La version d’archives de 1978 rassemble le récit complet et ses détails historiques.

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