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Betsiamites · 1923–1929 · Souvenirs d’un missionnaire

Mgr Labrie à Betsiamites

Mgr Napoléon-Alexandre Labrie raconte son passage à Betsiamites, les personnes qui l’ont marqué et la vie des communautés de la Côte-Nord.

Ces extraits sont tirés de Quelques souvenirs (1905–1931), édité par Pierre Frenette. Les lectures sont interprétées par le Père Jean-Guy Lachance, c.j.m., ordonné prêtre par Mgr Labrie.

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Souvenirs d’un missionnaire

Une paroisse, un territoire, des rencontres

Portrait détouré de Mgr Napoléon-Alexandre Labrie

Mgr Labrie évoque dans ses mémoires les débuts de son ministère à Betsiamites, la chasse et le piégeage, les institutions de la mission et les déplacements entre les localités de la Côte. Les récits sont présentés comme des documents historiques, dans leur contexte et avec leurs formulations d’origine.

Le lecteur, Père Jean-Guy Lachance. Originaire de Québec, il a fait ses études classiques à l’Externat St-Jean-Eudes et a été ordonné prêtre-eudiste par Mgr Labrie. Il a enseigné dans les collèges eudistes de Bathurst et d’Edmundston, puis poursuivi des études de philosophie à Rome. De retour au Canada, il a enseigné près d’une trentaine d’années au collège et dans le diocèse d’Edmundston. Il prête ici sa voix à l’évêque qui l’a ordonné.

Source des textes : Labrie, N.-A., Quelques souvenirs (1905–1931), édition de Pierre Frenette. © Société historique de la Côte-Nord. Reproduit avec permission.

01

Pages 64 à 68

Le Père Labrie prend possession de sa paroisse

Son arrivée à Betsiamites, l’apprentissage de la langue et les premiers mois de son ministère.

À écouter · Lecture par le Père Jean-Guy Lachance

Lire le texte : Le Père Labrie prend possession de sa paroisse

Dès les premiers jours de septembre, je me rendis à Betsiamites toujours par le même périple Godbout - Matane, Matane - Rimouski, Rimouski - Betsiamites. Un marchand de cette localité, Monsieur Côté, avec une petite goélette à moteur, la Miller, opérait un…

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service des postes et des passagers.

Le Père Jauffret, que j'allais remplacer, me reçut avec une bonté toute fraternelle. Mais par ailleurs, la réception fut loin d'être enthousiaste. Au presbytère, j'avais comme ménagère cette Madame Norbert Lebel, que j'avais connue en mon enfance, sa nièce, son petit-fils, Joseph Blouin et le frère du Père Doucet, Edmond. Ces deux derniers s'occupaient de notre ferme.

On m'avait recommandé d'arriver avant que le Père Doucet ne revienne de vacances. Mais, à son retour, le Père Jauffret n'était plus là, et le vicaire, qui occupait la place depuis trois ans et avait appris le montagnais, m'affirma avec franchise qu'il eut mieux valu qu'il fut à ma place. Je ne pouvais qu'être absolument d'accord avec lui, mais tout avait été décidé contre mon gré et les choses en avaient été disposées ainsi par le Père Lebrun, qui n'était pas, par nature, un supérieur à dialogue, tel qu'on le désire aujourd'hui. Ce que j'avais désiré, moi, c'était une année libre, exclusivement consacrée à l'étude de la langue. J'appréciais hautement la franchise de mon confrère, et heureusement, sa grande charité sacerdotale permit de créer entre nous une amitié qui ne s'est jamais démentie.

À l'exception de la famille Miller, qui depuis toujours était amie de la mienne, les principaux du village gardaient à mon égard une glaciale réserve. Je compris que mon état d'enfant du pays confirmait le proverbe : « Nul n'est prophète dans son pays ».

Les indiens m'attribuaient la responsabilité du départ du Père Jauffret, qui, à bon droit, avait mérité leur confiance et leur amitié. Que faire dans une situation semblable? Attendre dans l'espoir que la patience et la longanimité vaincraient toute froideur.

Je reçus cependant quelques encouragements. Un bon soir, un indien s'amena à mon bureau, Étienne Adlé, un Micmac. « Ne te fais pas de peine, me dit-il, si les indiens ne t'aiment pas. Laisse-moi faire, moi je te connais, et je connais ton père et ta mère. Je connais aussi les indiens. Je vais les ramener. Tu vas voir! » Il causa ainsi en toute affabilité, et comme il allait partir, il me pria de lui prêter cinq dollars. Comment refuser à une si chaude gentillesse? Quinze jours plus tard il me rapportait six dollars et un discours encore plus chaleureux, et une demande de dix dollars, que je lui passai. Encore quinze jours et il me rapporta douze dollars et quel discours pour se terminer par une demande de cinquante! Mais entre temps, j'avais appris à connaître mon chevalier d'industrie, et à me rendre compte de tout ce qu'il devait à l'église. Avec une ingratitude innommable, il reçut un refus irrévocable.

Entre temps d'ailleurs, les choses s'étaient améliorées du tout au tout.

Dans mon étude de la langue, j'eus deux professeurs remarquables, Monsieur Georges Rock (en indien Ashini), et Madame McTavish, mieux connue sous son nom de jeune fille, Marie Picard. Monsieur Roc, depuis sa jeunesse, agissait comme interprète et maître chantre à l'église. Il avait épousé une demoiselle Collin de Mingan qui était venue comme servante pour le gérant de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Elle lui donna quatre garçons, Sylvestre, Georges, Paul et Joseph, les trois premiers d'une intelligence remarquable. Paul fut longtemps chef de la réserve. Ses trois filles furent elles-mêmes remarquables, par leurs excellentes qualités. Il était déjà âgé, à mon arrivée à Betsiamites, mais gardait cette finesse d'esprit et cette aimable serviabilité qu'on n'oublie plus. Après la messe des grandes fêtes, selon un usage de vieille date, il m'amenait ses chantres. On leur servait un verre de vin. Si j'oubliais de remplir les verres une deuxième fois, Monsieur Roc partait en boitant, et il fallait le faire revenir pour guérir sa claudication.

Madame Marie Picard descendait de Charles Picard, un Huron de Lorette, émigré à Betsiamites. Elle était une femme d'intelligence supérieure. Elle parlait un français parfait comme correction et prononciation. Le montagnais, qui est une belle langue, était une musique dans sa bouche. Une imagination en constant éveil n'hésitait nullement à enjoliver les faits qu'une mémoire parfaite lui rappelait. Je regrette de n'avoir pas mieux noté ce que j'ai reçu de ces deux personnes.

Cet hiver 1923-24 se passa ainsi à apprendre la langue et à mieux connaître ma paroisse et ses dessertes. Quant à l'été, le Père Doucet partit pour aller donner la mission aux autres réserves indiennes le long de la Côte. Je crois que l'unanimité des cœurs m'était revenue.

L'un de mes prédécesseurs, le Père Brière, en 1914, je crois, avait remplacé l'ancienne église du Père Arnaud par une nouvelle église en brique. Elle était belle et vaste, mais l'intérieur n'avait jamais été terminé. Mgr Leventoux vint faire la visite pastorale et présider la fête du 15 août 1924. Le Conseil des indiens se fit le porte-parole de tous pour le prier d'accorder la permission de terminer cette église, qui n'était grevée d'aucune dette. La permission fut accordée et il fallut que mon inexpérience se mette à l'œuvre. Je connaissais un habile contremaître, Monsieur Thimothée Landry de St-Octave-de-Métis. Je le fis venir. Il me conseilla l'architecte, Pierre Raymond, son cousin, qui, avec son associé, Monsieur Dionne, me prépara à bon compte un fort beau plan.

Nous n'avions pas de menuisiers sur place. Il fallait les faire venir de l'extérieur et les pensions à Betsiamites étaient rares. Le presbytère était grand, on les reçut au presbytère. Fin novembre, les matériaux étaient sur place et les ouvriers à l’œuvre. Les travaux allèrent bon train tout l'hiver et, au mois de juin, à nos chasseurs revenant des bois nous pouvions présenter une église terminée, toute blanche et fraîche sous sa belle peinture, avec son parquet et ses bancs vernis. Pour exprimer leur admiration, ils ne trouvaient que la même parole : « Miam waskut », c'est comme le ciel! Ils l'aimèrent et en prirent un soin jaloux.

Église de Bersimis avec son clocher et les bâtiments voisins
Église de Bersimis vers 1920 · BAnQ Sept-Îles ↗

Labrie, N.-A., Quelques souvenirs (1905–1931), p. 64–68. Édité par Pierre Frenette. Lecture : Père Jean-Guy Lachance. © Société historique de la Côte-Nord · Reproduit avec permission.

02

Pages 69 à 70

La chasse à Betsiamites

Les territoires de chasse, les pratiques de conservation et les changements qui ont transformé la vie des familles.

À écouter · Lecture par le Père Jean-Guy Lachance

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À l'époque de mon arrivée à Betsiamites, les forêts de l'arrière-pays avaient été vaguement explorées, mais on pouvait encore leur donner le qualificatif de forêts vierges. Les bassins des rivières Betsiamites, Outardes et Manicouagan étaient les domaines incontestés des chasseurs de Betsiamites.…

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À peu près aucun blanc n'allait chasser dans ces parages. Les indiens qui remontaient la rivière Betsiamites jusqu'au lac Pipmouagan rencontraient ceux de la Pointe Bleue, qui chassaient sur la Péribonka ou la Ste-Anne. Ceux qui se rendaient à la source de la Manicouagan prenaient souvent contact avec les indiens de la Baie d'Hudson.

Dans ces territoires, chaque famille détenait de père en fils une certaine réserve de chasse, qui, du consentement implicite de tous, lui était réservée. Chaque automne, elle y retournait et son droit était respecté. Cependant le chasseur divisait son terrain en trois secteurs et il ne chassait pas deux années de suite dans le même secteur, pour permettre aux animaux de se reproduire sans diminuer en nombre. Quand sur un lac on découvrait une cabane de castor, l'indien avait un mode d'observation pour connaître exactement ou à peu près le nombre d'habitants de cette demeure. On ne les prenait jamais tous, de telle façon qu'il reste toujours quelques-uns pour la reproduction. Grâce à cette intelligente politique, on trappait depuis des siècles, et les animaux demeuraient à peu près au même nombre.

Un peu plus tard, les explorateurs forestiers envahirent ces territoires. On eut connaissance de la richesse du pays et après les explorateurs des aventuriers peu consciencieux remontèrent les mêmes rivières, quelques-uns même en plein été, avant nos indiens. Ils volaient les pièges, s'emparaient des campements, et refusaient souvent de les remettre à leurs vrais propriétaires. Pire encore, ils chassaient jusqu'à l'épuisement de la faune.

Les indiens vinrent souvent me conter leurs doléances. À plusieurs reprises je fis des demandes, conjointement avec l’agent auprès du ministère des Affaires Indiennes et auprès du gouvernement provincial. Nous voulions obtenir protection et reconnaissance des droits des indiens, qu’aucune loi ne garantissait. On nous fit des promesses, entre autres, celles de constituer des territoires exclusivement réservés. Nous nous rendions compte cependant des difficultés de réalisation de telles mesures. Entre temps, surtout après mon départ de Betsiamites, l’industrie s’empara de la région. On construisit des barrages et des centrales électriques pour le plus grand bien du pays mais pour le plus grand dam des animaux à fourrures.

En partant du village en septembre, chaque famille emportait dans ses canots tout ce qui constitue l'alimentation de base : farine, graisse, beurre, conserves, etc. Pour la viande on comptait sur la chasse et la pêche. Les rivières et les lacs étaient très riches en truite ou ouananiche, qu'on pouvait faire geler aux premiers grands froids. On mangeait également le produit de la chasse, canards, lièvres, perdrix, loups-cerviers, castors et surtout caribous si on avait la chance de croiser un troupeau. À l'époque qui nous intéresse, l’orignal était inconnu à l’est du Saguenay. Le premier dont on eut connaissance fut aperçu aux Escoumins au cours de l’été 1924. Je crois que le chevreuil ne s'y est pas encore montré.

Labrie, N.-A., Quelques souvenirs (1905–1931), p. 69–70. Édité par Pierre Frenette. Lecture : Père Jean-Guy Lachance. © Société historique de la Côte-Nord · Reproduit avec permission.

03

Pages 71 à 74

La fourrure

Le commerce des peaux, les longues expéditions et le savoir-faire des chasseurs.

À écouter · Lecture par le Père Jean-Guy Lachance

Lire le texte : La fourrure

Le castor était l'animal dont la peau constituait encore la base des revenus de nos chasseurs. Une peau, selon sa grandeur, pouvait se vendre vingt-cinq dollars. Ceux qui pénétraient jusqu'à la source de la Manicouagan chassaient surtout la marte, dont les plus belles pouvaient valoir jusqu'à cent dollars.…

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Un printemps, Ignace Picard et ses deux fils revinrent avec un produit de neuf mille quatre cents dollars, presque exclusivement en martes.

Le vison pouvait atteindre quarante-cinq dollars. Le renard noir, depuis que l'industrie avait trouvé la teinture pour teindre en noir le renard roux, ne valait plus rien. Mon père en avait déjà vendu un huit cents dollars. L'élevage n'avait pas encore tué le prix des argentés et les plus beaux pouvaient atteindre deux cent cinquante.

Les autres prises de moindre importance étaient le lynx ou le loup-cervier, le rat musqué, l'hermine. La loutre était rare et son prix était très variable selon la qualité de son poil. La plus belle pouvait atteindre cent dollars.

Dans ces années-là, si on demandait à un indien : « As-tu fait une bonne chasse? », il vous répondait souvent : « A po chouk, pas beaucoup. Quatre mille ». Quel dommage qu'ils n'aient pas su économiser davantage! Mais on ne les aidait pas. Leur mode de vie d'ailleurs ne s'y prêtait pas et il aurait fallu des années et une nouvelle génération, avec un entraînement intensif. Aujourd'hui, le temps des vaches grasses est passé et les indiens doivent apprendre à gagner leur vie à la manière des blancs.

Aux non-initiés, dure paraissait leur vie, mais pour eux, elle était libre et belle. Ils savaient en éviter les dangers. Je ne me souviens d’aucun accident survenu dans les bois pendant les sept ans que je fus avec eux. Pour exprimer à quel point ils savaient se débrouiller.

Pierre Metzekapo était un « Naskapi », c'est-à-dire un indien de l'intérieur, qui s'était établi à Betsiamites. Un soir qu'il revenait en canot et débarquait à quelques centaines de pas de son campement, il voulut saisir son fusil par le canon et la décharge lui coupa le bras droit près de l'épaule. Il ne pendait plus que par un muscle de chair. Sans hésiter, avec son couteau, il coupa ce muscle, prit soin de mettre son canot en sûreté et, ramassant de l'autre main armes et bagages, il se rendit au campement. Pour arrêter le sang il mit sur la plaie une poignée de poudre à fusil. Il faut croire que ce fut un excellent antiseptique, car il se guérit ainsi sans revenir à la mer, continua sa chasse et fut chasseur tout le reste de ses jours. De son seul bras il était fort comme un turc.

Quelques-uns de nos chasseurs se signalèrent entre tous. Tel fut par exemple Ignace Picard et ses fils. Ils remontaient très haut sur la Manicouagan, dépassant le grand lac et atteignant cette chaîne qu'on appelle les Montagnes blanches. Ils y rencontraient souvent les indiens de la Baie d'Hudson, échangeant avec eux de belles peaux quelques objets, tels que montres, couteaux, etc., qu'ils apportaient à cette fin. Ignace était considéré comme le meilleur chasseur de la réserve, s'était construit une bonne maison, dépensait sans compter et, profondément charitable, donnait volontiers à qui était dans le besoin.

Bâtiment de la Compagnie de la Baie d’Hudson à Bersimis
Hudson Bay à Bersimis vers 1920 · BAnQ Sept-Îles

Labrie, N.-A., Quelques souvenirs (1905–1931), p. 71–74. Édité par Pierre Frenette. Lecture : Père Jean-Guy Lachance. © Société historique de la Côte-Nord · Reproduit avec permission.

04

Pages 74 à 75

La gendarmerie royale

Le gendarme Josaphat Brunet et une expédition mouvementée aux Îlets Jérémie.

À écouter · Lecture par le Père Jean-Guy Lachance

Lire le texte : La gendarmerie royale

Le Ministère des Affaires indiennes maintenait en permanence un poste de la Gendarmerie Royale ou Police Montée, comme on l'appelait ordinairement. Nous eûmes la chance d'avoir à ce moment-là, comme chef de police, Monsieur Josaphat Brunet, qui allait dans la suite être envoyé à Paris, comme chef de l'Interpol.…

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Avant de partir de Betsiamites, il épousa Mlle Mercédès Miller, fille de M. et Madame Joseph Miller, marchand sur la réserve. Brunet était gentilhomme autant qu'intelligent et brave.

Au mois de juin 1928, un beau yacht blanc s'en alla mouiller au côté ouest de la rivière, là où fut plus tard installé le débarcadère du bac. Il apportait un bon chargement de whisky. Mais il n'eut pas le temps de le vendre. Brunet et son assistant Clément se rendirent à bord. Le capitaine et ses hommes étaient armés et voulurent empêcher les gendarmes de monter à bord. Brunet sauta sur le pont et on se jeta sur lui. Tirant alors son revolver, il tira dans le pied du capitaine qui le tenait à la gorge. C'en fut assez. On se rendit; le bateau et la cargaison furent saisis et l'équipage prisonnier.

Il fut moins heureux en une autre aventure. On lui avait rapporté qu'une goélette avait déposé aux Îlets Jérémie une importante « cache » sous la garde de M. Pitre Fortin ou de son gendre Philippe Huard. Un bon soir, il vint me raconter ses ennuis. Il se cherchait un bateau pour aller voir à cette affaire, mais personne ne désirait être mêlé à une telle entreprise.

À quelques jours de là, je devais partir avec le Père Poulin pour aller visiter nos dessertes de Laval. Brunet arriva avec Clément pour nous demander de les déposer aux Îlets en passant. Il était presque impossible de refuser, d'ailleurs. Connaissant si bien Monsieur Fortin, j’étais assuré que l'expédition serait faite en pure perte.

À sept heures, nous jetions l'ancre en face des Îlets. Aucun signe de vie autour des deux maisons. Brunet avait emmené un canot de toile pour débarquer. Le Père Poulin et moi devions continuer notre voyage. Il ne ventait pas mais une houle légère venait du large. Ils étaient à peine installés dans le canot que je vis qu'ils n'en avaient aucune expérience. Je n'eus pas le temps de leur crier : « Dans le fond » qu'ils chaviraient. Clément nagea jusqu'à nous et je l'accrochai au bastingage. Brunet, agrippé au canot, roulait à chaque vague, déjà trop loin pour l'atteindre avec la gaffe. Il fallut lever l'ancre et approcher le bateau, et après l'avoir attrapé, l'accrocher comme son compagnon. Le problème c'était maintenant d’embarquer ces deux hommes, transis et presque incapables de s'aider. On était fin octobre.

Quand ils furent à bord, il n'y avait plus qu'une chose à faire : les conduire à la maison pour les réchauffer. À terre, on n’avait eu connaissance de rien, mais on nous reçut avec grande charité, en nous posant aucune question sur le prétexte qu'il fallut inventer. Quand on les eut couchés en de bons lits, Monsieur Fortin vint me demander : « Si je leur donnais une bonne “ponce” (grog), me feront-ils quelque chose? — Donnez-leur-en une très bonne et je me porte garant de votre impunité. » Nos deux gendarmes s'endormirent à la chaleur d'un excellent St-Pierre. À son réveil Brunet avoua : « Après leur si chaude charité il serait salaud de les ennuyer. Nous n'avons plus qu'à leur exprimer notre reconnaissance et continuer le voyage avec vous en touristes. » Monsieur Fortin avait bien du whisky de St-Pierre comme beaucoup en avaient pour leur usage. Y avait-il là une cache? On ne le sut jamais.

Labrie, N.-A., Quelques souvenirs (1905–1931), p. 74–75. Édité par Pierre Frenette. Lecture : Père Jean-Guy Lachance. © Société historique de la Côte-Nord · Reproduit avec permission.

05

Page 76

L’inspecteur des affaires indiennes

Un inspecteur annuel dont le séjour à Betsiamites suscitait des démarches auprès du Ministère.

À écouter · Lecture par le Père Jean-Guy Lachance

Lire le texte : L’inspecteur des affaires indiennes

Pendant les six années que je passai à Betsiamites, le Ministère des Affaires indiennes envoya toujours le même inspecteur, un monsieur Bury. Il arrivait aux environs du quinze août, pour être présent lors de la fête des indiens.…

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Il organisait à cette occasion sur la grève un grand feu de joie, autour duquel il dansait le « Macouchame » avec tout le monde. Ceci c'était très bien, mais son séjour à Betsiamites était plutôt une vacance, qu'il passait surtout à s'amuser et à boire.

Il n’était nullement un exemple de sobriété pour nos indiens. Avec l'agent, je finis par me rendre à Ottawa pour porter plainte et on nous promit d'en envoyer un autre, qui viendra après mon départ.

Maisons et bâtiments de Bersimis au début du XXe siècle
Bersimis vers 1920 · BAnQ Sept-Îles ↗

Labrie, N.-A., Quelques souvenirs (1905–1931), p. 76. Édité par Pierre Frenette. Lecture : Père Jean-Guy Lachance. © Société historique de la Côte-Nord · Reproduit avec permission.

06

Pages 64 à 68

La ferme

La ferme de la mission fournissait du lait aux familles du village.

À écouter · Lecture par le Père Jean-Guy Lachance

Lire le texte : La ferme

Les prêtres de la mission entretenaient une grande ferme, plusieurs vaches et deux chevaux. Ils assuraient ainsi l'approvisionnement en lait aux familles du village. Deux hommes veillaient à l’entretien de cette ferme. C'étaient Joseph Blouin, petit-fils de notre ménagère, Madame Norbert Lebel.…

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Il avait épousé une demoiselle Hémond de Portneuf et dès ma deuxième année, je fis construire pour lui une bonne grande maison.

Son assistant était Edmond Doucet, frère du Père Doucet, qui, en 1925 ou 1926, allait épouser une institutrice, Mlle Edwidge Blaney de Rivière-au-Tonnerre.

Labrie, N.-A., Quelques souvenirs (1905–1931), p. 64–68. Édité par Pierre Frenette. Lecture : Père Jean-Guy Lachance. © Société historique de la Côte-Nord · Reproduit avec permission.

07

Page 79

L’éducation

L’école du village, les Sœurs du Bon Conseil et l’accès aux études.

À écouter · Lecture par le Père Jean-Guy Lachance

Lire le texte : L’éducation

En 1923, les Sœurs du Bon Conseil de Chicoutimi étaient déjà installées depuis longtemps au village. En fait, c'est le Père Arnaud qui les avait fait venir. Elles faisaient la classe aux indiens et aux blancs dans une maison que le Père Arnaud avait fait construire à cette fin.…

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Comme nous l'avons déjà dit, cette école fonctionnait d'octobre à septembre de l'année suivante. Ces dates étaient imposées par les circonstances, dont nous avons parlé.

Dès le début de 1925 le ministère mit en construction une école plus vaste de quatre classes, avec logement et chapelle pour les religieuses. C'était déjà un progrès. L'autre école fut transformée en dispensaire et foyer pour les vieillards indiens, sous la direction de Madame Joseph Murphy.

Les conditions commençaient à évoluer pour les indiens. On prévoyait le temps où ils auraient à se conformer à un autre mode de vie. Déjà quelques jeunes filles, comme Mesdemoiselles Yvonne et Jeanne Bacon, Madeleine Roc avaient suivi avec grande distinction les cours du pensionnat à Rimouski. Après mon départ, on construira une autre école beaucoup plus grande et plus belle encore.

Enfin, quand en 1950, les Affaires indiennes construisirent une grande école pensionnaire à Maliotenam, elle ne put répondre à la poussée des indiens vers l’éducation. Je souhaite de grand cœur que tous mes concitoyens portent à cette race l'amitié que je lui garde et l'aident à atteindre le niveau d'éducation auquel elle aspire en droit et en justice.

Labrie, N.-A., Quelques souvenirs (1905–1931), p. 79. Édité par Pierre Frenette. Lecture : Père Jean-Guy Lachance. © Société historique de la Côte-Nord · Reproduit avec permission.

08

Pages 80 à 82

Le Banc de Betsiamites

Le Moulin Bersimis, les familles Miller et le courrier d’hiver sur la Côte.

À écouter · Lecture par le Père Jean-Guy Lachance

Lire le texte : Le Banc de Betsiamites

En face du village indien, la Compagnie Girouard de Sherbrooke avait autrefois construit une scierie, et un village s'était groupé qu'on appelait le Moulin Bersimis. On disait le plus souvent le Banc, parce qu'il était construit sur une accumulation séculaire au banc de sable.…

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Il avait déjà connu une certaine prospérité avec prêtre résident, dont le dernier fut le Père Brézel.

En 1924, il n'y avait plus que trois familles : Monsieur et Madame David Miller qui demeuraient avec leur fils Oscar, marié à Alice Martel de Manicouagan, Frank Miller, marié à une demoiselle [Victoria] Thibeault, et Alexandre Miller, marié à une demoiselle [Blanche] Imbeault de Portneuf. En 1925, un jeune homme de Métis, Georges Deschènes, qui était venu travailler à la construction de l'église, épousera la fille de Frank, Alice, et s'établira près de son beau-père.

Les autres maisons et établissements de la compagnie Girouard n'étaient plus que ruines.

Monsieur David Miller, à mon sens, est un de ces personnages de la Côte-Nord qui méritent une attention spéciale. Avec son frère Xavier, il était fils d’un Écossais [Samuel Miller] venu sur la Côte, probablement au service de la Compagnie de la Baie d’Hudson. David épousa une demoiselle [Edmire] Arseneault du moulin Betsiamites. Très jeune encore, il entra au service des postes, pour transporter le courrier en hiver depuis Betsiamites jusqu'à Pointe-des-Monts, où un autre le reprenait pour le rendre à Sept-Îles. Dans le temps il n'y avait ni routes, ni sentiers. David faisait deux ou trois voyages par hiver. La raquette était son seul moyen de voyage. Il partait de Betsiamites avec, sur son dos, un sac de soixante-quinze livres de matières postales et quelques provisions.

La distance parcourue dans la journée dépendait beaucoup de l'état de la neige. Les habitations étaient espacées de plusieurs milles et le soir tombait souvent avant d'atteindre un endroit habité. Alors Monsieur Miller choisissait un endroit propice, le pan d'un rocher ou une futaie de sapins qui offrait un meilleur abri contre le vent. Il abattait quelques troncs secs et faisait un bon feu. Un thé chaud, et un frugal repas, et à la chaleur de ce feu il dormait à la belle étoile. Au petit jour, après son déjeuner, réchauffé de son thé bouillant, il reprenait les raquettes et son sac. Cette rude vie semble inconcevable à notre confort moderne. Monsieur Miller ne fut pas le seul à en avoir fait l'expérience. Ce sont ces rudes pionniers qui, d'une façon ou d'une autre, ont créé notre peuple et ils ont droit à toute notre admiration et notre reconnaissance.

Ces vieillards disaient tous le même adage : « La misère ne fait pas mourir ». Monsieur Miller en fut une preuve vivante. Il vécut jusqu'à quatre-vingts ans, beau vieillard à barbe blanche, très doux mais énergique et agile jusqu'à la fin.

Il conserva longtemps ce service postal. Mais au moment de mon arrivée à Betsiamites, les conditions s'étaient améliorées. Les habitations étaient plus nombreuses et plus rapprochées. Les matières postales avaient augmenté en poids et en volume. Monsieur Miller dut se faire aider de ses fils. On transportait alors le courrier avec des chevaux jusqu'à Pointe-Lebel, et de là, pour le rendre à Pointe-des-Monts, on le chargeait sur des canots de bois, dûment renforcés de tôle, à cause de la glace. Quand la mer était libre, on ramait. Rencontrait-on de la glace, on y hissait les canots et on les traînait avec leur chargement, en prenant bien garde de ne pas passer à travers cette glace.

Plus tard, ce seront les Marins de Pointe-aux-Outardes, Hector et Jean, qui auront ce contrat. Ils ajoutèrent des moteurs à leurs canots, et quand ils n'avaient pas à traîner leurs embarcations pour se réchauffer, ils n'avaient comme ressource que de se battre les bras.

Peu à peu le progrès entrait. C'est, je crois, en 1926 ou 1927, que le Docteur Cuisinier [aviateur français] et Roméo Vachon inaugurèrent le premier service postal d'hiver en avion, ne transportant que les matières de première classe qu'ils jetaient du haut des airs, aussi près que possible des bureaux de poste. Ce service s'accrut très vite, commença à accepter des passagers, et supplanta complètement le service terrestre des postes.

Le premier avion du Docteur Cuisinier était fort petit et je n'en connais pas le nom, mais il fut très tôt remplacé par [Dragons Haviland], des Fairchilds et, [vers 1949], par des Beavers [et finalement par des biplans Haviland] en attendant les D.C. 3 et ceux d'aujourd'hui.

Des travailleurs se tiennent sur une longue pièce de bois dans un chantier forestier
Chantier de Bersimis · BAnQ Sept-Îles ↗

Labrie, N.-A., Quelques souvenirs (1905–1931), p. 80–82. Édité par Pierre Frenette. Lecture : Père Jean-Guy Lachance. © Société historique de la Côte-Nord · Reproduit avec permission.

09

Pages 82 à 83

Service des dessertes

Les tournées pastorales, les visites aux malades et le médecin des villages.

À écouter · Lecture par le Père Jean-Guy Lachance

Lire le texte : Service des Dessertes

Le Père Doucet et moi-même, à tour de rôle, nous devions assurer le service religieux des autres localités de notre paroisse. Au mois de juin le Père Doucet partait visiter les autres réserves indiennes de la Côte et ne revenait qu'à la mi-août.…

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Je devais alors réclamer l'aide de quelques eudistes, professeurs de collège, qui étaient heureux de venir, comme à une belle vacance.

Ensuite curé ou vicaire partait chacun son tour soit vers l'est, soit vers l'ouest. Nous nous rendions toujours jusqu'à Portneuf et St-Paul-du-Nord, où les curés Messieurs Bouchard et Dufour nous recevaient avec une grande amitié. Nulle part, à l'exception de Pointe-aux-Outardes, nous n'avions de chapelle. Il nous fallait dire la messe dans les maisons, ou dans les écoles quand nous les eûmes construites.

En plus des voyages réguliers, nous étions souvent appelés auprès des malades. Dès mon premier Noël, je dus partir après la messe de minuit pour aller administrer à Pointe-aux-Outardes, un fils d'Alexandre Tremblay. Heureusement il survécut à sa pneumonie.

Il n'y avait aucun service médical dans ces localités. Les sages-femmes pourvoyaient aux accouchements. Telles furent, entre autres, Mesdames Cyrisse Desbiens à Ragueneau et Madame Josué Côté à Pointe-aux-Outardes. Femmes admirables, plus riches de foi que de science, toujours accompagnées pour ces circonstances de leur crucifix. Dieu visiblement leur venait en aide.

En 1925, la Brown Corporation avait engagé un jeune médecin, le Dr Johnston, pour ses ouvriers de Papinachois. Il était protestant, mais j'ai rarement rencontré un homme d'une plus grande délicatesse et d'une plus profonde charité. Il venait souvent me consulter sur les manières de traiter ses patients catholiques. Il m'accompagnait volontiers dans mes visites aux malades, et s'il était appelé jusqu'à Ragueneau, il acceptait tout au plus cinq dollars. Les gens en étaient gênés et me demandèrent de lui dire qu'ils se conformeraient bien volontiers à un tarif plus élevé. Il me fit alors une réponse que je n’oublierai jamais : « Père, j'ai mon salaire qui me suffit. Ces gens-là ne sont pas riches. Vous, comme prêtre, vous ne demandez rien à vos malades, quand vous les visitez. Moi, j'ai toujours considéré la médecine comme un sacerdoce, auxiliaire du vôtre. Dites à vos gens que je ne désire rien de plus ».

Labrie, N.-A., Quelques souvenirs (1905–1931), p. 82–83. Édité par Pierre Frenette. Lecture : Père Jean-Guy Lachance. © Société historique de la Côte-Nord · Reproduit avec permission.

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Pages 83 à 85

Appels aux malades

Deux urgences aux Îlets Jérémie et le souvenir des familles qui vivaient loin des soins médicaux.

À écouter · Lecture par le Père Jean-Guy Lachance

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En décembre 1926, je venais de terminer ma messe quand Martin Hickey m'arriva des Îlets Jérémie, absolument éploré. Sa fille aînée, Hethay, était gravement malade. (Martin Hickey avait acheté la maison de son beau-père, St-Pierre).…

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Ce jour-là il ventait en tempête, il faisait froid. Il avait voyagé une partie de la nuit, et avait laissé son cheval sur le Banc. Il fallut traverser la rivière en canot, malgré cette tempête, et nous remettre en route par des chemins impossibles.

La nuit était complètement tombée à notre arrivée et la pauvre fille était morte depuis quelques heures. Qu’on s’imagine dans cette solitude le désarroi d'une famille. La morte était là sur son lit, attendant depuis des heures qu'on l'ensevelisse. À trois milles plus loin, la famille Fortin ignorait tout. Madame Hickey voulait qu'on aille chercher Madame Fortin.

Je me fis allumer un vieux fanal, et je partis sur la grève en longeant le bois. Parfois le vent éteignait le fanal et j'entrais dans le bois pour l'allumer. Chez les Fortin, on avait vu cette lumière intermittente et on parlait de feu follet. Surprise en me voyant entrer et consternation à cette nouvelle.

La marée montait et un chenal s'était ouvert entre les glaces. Nous embarquâmes Madame Fortin dans une petite embarcation et, guidé par son fils, nous revîmes vers la famille éprouvée.

En une autre circonstance je ne fus pas plus heureux...

C'était encore aux Îlets Jérémie, chez les Fortin cette fois. J'avais été appelé en même temps que le Docteur pour le fils de Monsieur Fortin, Héliodore. Ce jeune homme était marié depuis au-delà d'un an à Alexina Gagnon, nièce de Madame Norbert Lebel, et assistante de sa tante au presbytère. Le médecin ne constata rien de grave. Il donna quelques remèdes, et nous revînmes à Betsiamites. Huit jours plus tard, j'étais appelé de nouveau par le même malade, cette fois avec le Docteur Eager de la Chute-aux-Outardes. Le mal s'était considérablement aggravé et le médecin constata une péritonite. Le plus proche hôpital était à Rimouski et il n'y aurait pas de bateau avant le lendemain soir. La température du malade était très haute et ses souffrances étaient grandes. Si on le laissait dans cet état, il n'attendrait pas le passage du bateau. Il fallait l'ouvrir pour au moins poser un drain.

Comment faire? Il n'y avait pas de lumière électrique. C'était la nuit et il fallait un bon éclairage au docteur. On avait dans cette famille une lampe Colman mais elle ne fonctionnait pas. Je me mis en frais de la réparer et réussis à la faire fonctionner.

Je dus m’improviser anesthésiste, non pour endormir totalement le malade, mais pour le rendre suffisamment inconscient pour qu'il n'éprouve pas trop de douleurs. On stérilisa les instruments et le docteur fit l'opération. Il en résulta un soulagement appréciable et le malade put reposer en attendant son transport à Rimouski. Dès le matin, le Docteur retourna à Betsiamites et fit demander au capitaine du V. M. Manicouagan de faire un crochet vers les Îlets pour embarquer le malade. À sept heures du soir le lendemain j'arrivais à l'hôpital avec mon patient. Les médecins de l'hôpital louèrent le Dr Eager d'avoir pris cette initiative, mais hélas, il était trop tard. Notre jeune malade expirait pendant la nuit.

Ces cas de gravité importante étaient heureusement plutôt rares. Il arrivait plus souvent que nous fussions dérangés pour des insignifiances, un mal de dent, ou autres choses du genre. Mais nous étions heureux toujours de courir au premier appel, admirant la foi de ces braves gens et leur confiance dans le prêtre. Si le Père Doucet et moi-même avons pu leur porter quelques encouragements dans leur rude existence, nous ne regrettons aucun dérangement. Au contraire, nous avons conscience d'avoir été associés à une œuvre de pionniers, de constructeurs de pays. Tous n'étaient pas parfaits, mais c'est par des gens sans perfection absolue que s'édifient les sociétés et, avec des instruments imparfaits, la Providence continue son œuvre. Ces hommes et ces femmes restent grands et admirables et dans le décalage des années, nous voyons grandir notre fierté d'avoir été mêlés à leurs humbles ambitions et à l'œuvre de Dieu qui s'accomplissait par eux.

Mgr Labrie, le Père Ledoré et plusieurs femmes et jeunes filles devant une maison
Père Ledoré, Mgr Labrie, Catherine Martin, Odile Cormier, Mme Noël, Yvonne Martin et Lucienne Martin · BAnQ Sept-Îles

Labrie, N.-A., Quelques souvenirs (1905–1931), p. 83–85. Édité par Pierre Frenette. Lecture : Père Jean-Guy Lachance. © Société historique de la Côte-Nord · Reproduit avec permission.

Pour aller plus loin

Sources et ressources

Photographies historiques : BAnQ Sept-Îles. Les détails de catalogue sont liés sous les images lorsqu’ils ont été fournis.

Mémoire et territoire

La communauté de Pessamit

Une vidéo complémentaire fournie pour accompagner ces souvenirs de la vie à Betsiamites.

Lire le portrait de Pessamit sur Nametau innu ↗